Authentification des diplômes : ou l’apartheid anti « Diaspo »

L’apartheid électoral qui a consisté à faire maladroitement des burkinabé nés et résidents en Côte d’Ivoire des non citoyens du Burkina Faso trouve son prolongement dans cette opération dite d’authentification des diplômes.
C’est encore une autre maladresse qui va d’ici là se muer en un ciblage d’une catégorie d’agents publics. Et on peut croire que les titulaires des diplômes obtenus à l’étranger seront les victimes.
Sauf un diplôme obtenu hors du pays, pourquoi les diplômes burkinabé pourraient -ils susciter quelconque débat d’authenticité? C’est tellement absurde et illogique.
Il est clair et il ne faut pas s’empêcher de le dire, c’est de la même façon la carte consulaire a été mise en doute, bien que établie par l’Etat burkinabé, que le glissement va aller vers les diplômés à l’extérieur.
Dans le cas d’espèce, c’est le bac étranger qui pourrait être mis en doute. On ne voit pas la raison pour laquelle l’on se mettrait à douter concernant les autres diplômes universitaires obtenus à l’UO.
Dans la tête des authentificateurs, malgré la rhétorique généralisante, les diplômes nationaux ne sont pas visés par cette authentification sinon elle viendrait à jeter un discrédit lourd de conséquences pour le Burkina au sein du CAMES.
Il est de notoriété que les diplômes burkinabè sont cotés et jouissent d’une respectabilité jusque-là. Les autorités burkinabè oseraient-elles jeter en pâture l’image et la crédibilité du pays pour des calculs politiques ? A cause d’une impuissance à résoudre un mouvement de ses travailleurs ? Ce serait le comble de l’irresponsabilité.
En effet, quand le calcul électoraliste avait convaincu cyniquement qu’il fallait pratiquer l’exclusion électorale des compatriotes résidents en Côte d’Ivoire, de loin nombreux et hostiles au pouvoir Kabore, le rejet de la carte consulaire a été décidé sans tenir compte des conséquences diplomatiques et sur l’unité de la Nation burkinabé.
La forte désapprobation de cette décision hasardeuse et désastreuse avait amené certains ministres diaspos à se lamenter en privé face à la tournure des choses allant jusqu’à dire comment ils étaient attachés à la cause de leurs parents restés en Côte d’Ivoire.
Lorsqu’ici encore les choses vont prendre la tournure que nous sentons venir à savoir que le zèle politique s’y mette et transforme l’authentification en une chasse aux sorcières dans laquelle les Diaspos seraient les têtes à couper, ils viendront encore pleurnicher sur leur incurie.
L’idée de l’authentification a une face cachée bien insidieuse derrière son paravent de noblesse, de quête de transparence et d’assainissement de l’administration publique qu’on l’habille. En un mot le vrai faux discours de la bonne gouvernance qui est seriné.
Le besoin de casser le mouvement de grève « grise » des financiers est en partie ce qui explique cette volonté d’authentification des diplômes.
C’est une démarche d’inspiration politicienne et c’est tout le danger comme ça. Non seulement les règlements de comptes s’inviteront mais le risque qu’elle soit disproportionné, abusive, arbitraire est tout aussi évident.
S’il se dit dans les sérails du pouvoir que le plus grand contingent des financiers est issu de la diaspora, il est évident que cette authentification est un moyen politique qui les vise en premier.
Non pas parce que leurs diplômes, notamment le baccalauréat, soient des faux forcément. Mais restera une équation difficile. S’il fallait demander à un ancien bachelier du Mali ou de la Côte d’Ivoire des années 90 de faire la preuve que son diplôme est de qualité, ce serait plus que la mer à boire.
La complexité de l’opération vient du fait qu’on ne saurait authentifier les diplômes obtenus à l’étranger sans devoir mettre à contribution d’une manière ou d’une autre les administrations scolaires et académiques de ces pays.
Par ailleurs on peut se poser des tas de questions car rien ici n’a été assez clairement expliqué concernant le processus d’authentification. Qui authentifiera et sur la base de quelles données ? Quelle sera la place des agents publics dans ce processus ainsi que les administrations des pays d’où proviennent des diplômés burkinabé ?
Et Dieu seul sait ce qu’est l’état d’informatisation des services dans plusieurs pays.
La plupart des agents publics burkinabè aujourd’hui qu’on rendra malheureux d’être nés hors du pays ne sont pas de cette génération de bacheliers chanceux où l’informatique a pris la place de l’archaïsme dans les administrations permettant qu’à partir d’un simple clic l’on puisse retrouver les données dont on a besoin. Et à situation il faudrait y ajouter ce fait que dans certains cas la mémoire de l’administration est quasi inexistante.
En tout état de cause cette opération est purement politicienne. Et ces effets seront dommageables pour le pays tant du point de vue de l’unité nationale que de la stabilité de l’administration publique burkinabè.
Elle triste à l’image de toutes les mesures d’exclusion, de répression et de violence jusque-là prises par le pouvoir du président Roch.
Il est temps de rechercher des solutions durables aux problèmes existentiels plutôt que de les gérer de manière circonstancielle par des solutions qui accroissent l’incertitude nationale.
Mamadou Ali Compaore, Bil Lio Mamadou Traore, Lingani Issaka, Evariste Faustin Konsimbo, Bintou Marie-Ruth Diallo, Moussa Compaore, Noaga Moussa Zallé, Michel Bado, Badolo Abraham, Ousmane Ouedraogo, Ousmane So, Yameogo Aminata, Rachow Naïm Touré, Juvénal Somé, Aline Kabore, Jean Guion Sogolon Souko Goomtinga Dakouré

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